Mars 2020. Le monde s'arrête. Panique générale. Et soudain, un mot sur toutes les lèvres : chloroquine.
Franchement, qui n'a pas entendu parler de ce fameux remède miracle ? Mon téléphone n'arrêtait pas de sonner à l'époque. Ma voisine, complètement paniquée par les infos en boucle, m'a même suppliée de lui dégoter une ordonnance pour du Plaquenil. Elle était persuadée que c'était son unique ticket de survie face au virus. Délirant.
Mais aujourd'hui, la poussière est retombée. Que reste-t-il de cet engouement monumental ? On ne va pas se mentir, l'histoire a pris une tournure radicalement différente du conte de fées médical qu'on nous vendait à la télé. Décryptage d'un fiasco retentissant.
Un vieux médicament sous le feu des projecteurs : pourquoi un tel buzz ?
À la base, la chloroquine, c'est du grand classique. Un vieux routier de la pharmacopée.
Découverte en 1934 par des chercheurs allemands. Oui, ça date. On l'utilisait tranquillement pour prévenir et traiter le paludisme. Son dérivé direct, l'hydroxychloroquine, servait surtout à soulager les patients atteints de pathologies auto-immunes. La polyarthrite rhumatoïde. Le lupus. Les allergies solaires sévères.
Bref. Rien de bien excitant pour les plateaux télévisés ou les réseaux sociaux.
Jusqu'à ce qu'un certain professeur marseillais débarque avec ses certitudes.
Boom.
Le protocole marseillais qui a mis le feu aux poudres
Didier Raoult balance sa bombe au printemps 2020. Selon lui, la solution est là, sous nos yeux. Il administre 600 mg d'hydroxychloroquine par jour, couplés à un antibiotique puissant (l'azithromycine), à une poignée de patients dans son service.
Ses premiers résultats ? Il les annonce comme fracassants. Six jours de traitement, et hop, 75% des malades ne portent plus le virus. Charge virale pulvérisée.
Forcément, ça fait rêver. Vous auriez fait quoi, vous, face à un virus inconnu qui paralyse la planète entière ? On a tous eu envie d'y croire. Désespérément.
Sauf que la science, ce n'est pas un sprint émotionnel. C'est un marathon rigoureux. Et les raccourcis se paient toujours très cher.
Dans les coulisses de la molécule : comment ça marche (en théorie) ?
Mais au fait, comment cette molécule était-elle censée terrasser le Covid-19 ?
L'idée de départ n'était pas idiote. En laboratoire, la chloroquine agit directement sur les cellules infectées. Elle modifie l'acidité des compartiments cellulaires. Le but ? Bloquer les portes d'entrée et de sortie du virus. Empêcher la liaison entre l'intrus et sa cellule cible.
Sur le papier, c'est brillant. In vitro, dans des tubes à essai, ça fonctionnait.
Mais le corps humain n'est pas un tube à essai. Et c'est là que le château de cartes s'est effondré.
La douche froide des essais cliniques internationaux
Le gouvernement panique face à la pression populaire. Les scientifiques s'écharpent sur Twitter. Donc, on lance l'artillerie lourde pour en avoir le cœur net.
Des essais cliniques massifs voient le jour. L'essai européen Discovery, coordonné par l'Inserm, recrute plus de 3 200 malades. En parallèle, le CHU d'Angers dégaine l'étude Hycovid. 1 300 patients français, 36 hôpitaux, un protocole en double aveugle ultra-strict. Ni le médecin, ni le patient ne savent qui avale la molécule ou un simple placebo.
Le suspense n'a pas duré bien longtemps.
Quand les résultats tombent, la réalité pique
Catastrophe. Les données préliminaires s'accumulent et elles sont glaçantes. L'inclusion de la chloroquine dans les essais est brutalement suspendue.
Pourquoi ? Parce que ça ne marche pas.
Pire. Ça tue.
Les bénéfices réels pour les malades du Covid-19 ? Totalement inexistants. La charge virale ne baisse pas plus vite qu'avec un placebo.
Les risques, en revanche ? Explosifs. On a réalisé que gaver de chloroquine des patients dont l'organisme était déjà ravagé par une infection respiratoire sévère, c'était jouer à la roulette russe avec leur cœur.
Une bombe à retardement : les effets secondaires passés sous silence
D'ailleurs, parlons-en de la toxicité. Parce que dans l'euphorie générale du 'on n'a rien à perdre', on a complètement occulté que l'hydroxychloroquine n'est pas un bonbon à la menthe.
Vous pensez que c'est inoffensif ? Regardez plutôt ce que cette molécule peut provoquer :
- Le système digestif en vrac : Nausées constantes, vomissements, diarrhées aiguës. Sympa quand on est déjà cloué au lit sous oxygène.
- Le cerveau qui vrille : Insomnies sévères, dépression, épisodes d'agitation, voire hallucinations pures et simples. Oui, des hallucinations.
- La vue qui baisse : Vision floue et atteintes irréversibles de la rétine en cas d'accumulation.
- Le système nerveux attaqué : Des douleurs locales atroces, comparables à des brûlures ou des décharges électriques dans les mains et les pieds.
- Le cœur et le foie en danger : Des hypoglycémies mortelles pour les diabétiques et des hépatites fulgurantes.
Le pire dans tout ça ? Des gens se sont procuré ce médicament au marché noir pour s'automédiquer, sans aucun suivi cardiologique. Une folie absolue.
Le dommage collatéral dont personne ne parle
Et pendant que les bien portants s'arrachaient les boîtes de Plaquenil par pure prévention paranoïaque, devinez qui trinquait ?
Les vrais malades. Ceux qui souffrent de lupus ou de polyarthrite. Du jour au lendemain, ces patients se sont retrouvés face à des ruptures de stock dramatiques. Leurs traitements vitaux avaient été dévalisés. Un scandale sanitaire dans le scandale.
Où en sommes-nous aujourd’hui avec la chloroquine ?
Fini. Terminé. Rideau.
Dès la fin mai 2020, un décret gouvernemental a sifflé la fin de la récréation. Suite à l'avis défavorable du Haut Conseil de la Santé Publique, la chloroquine a été définitivement bannie des protocoles de soins contre le Covid-19 en France. Même l'OMS a fini par enterrer la molécule pour cette indication.
Aujourd'hui, l'hydroxychloroquine n'est plus prescrite pour le coronavirus. Point.
La leçon à en tirer ?
Qu'est-ce qu'on retient de ce chaos médiatique et médical ? Que la médecine d'urgence ne doit jamais, au grand jamais, remplacer la méthode scientifique. L'urgence justifie l'action, l'innovation, la recherche rapide. Mais elle ne justifie pas l'aveuglement ni le charlatanisme.
Et vous, avec le recul de ces dernières années, comment avez-vous vécu cette période d'incertitude ? Avez-vous douté des instances officielles ou vous êtes-vous accroché aux promesses des 'remèdes miracles' ?
Aujourd'hui, l'hydroxychloroquine a retrouvé sa véritable place. Dans les armoires à pharmacie des patients atteints de maladies auto-immunes. Là où elle est vraiment utile. Là où elle sauve des vies, en silence, sans faire la une des journaux de 20 heures.
